Stratégie d’actionnariat individuel : l’AMF fait son rapport

Stratégie d’actionnariat individuel : l’AMF fait son rapport

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Entretien avec Cindy David, à la direction des relations avec les épargnants de l’AMF

Propos recueillis par Thomas Fenin

Labrador : Pourquoi l’AMF a-t-elle consacré une première étude sur la communication actionnariale des sociétés cotées ?

Cindy David : Depuis plusieurs années l’AMF s’intéresse à l’actionnariat individuel, à travers des guides pratiques à l’usage des particuliers ou via des études à destination des professionnels. Des visites mystères sur la commercialisation des actions ont ainsi été réalisées dans les réseaux bancaires. Une autre étude a porté sur la rentabilité des placements : pour un investissement réalisé en 2008 et conservé jusqu’en 2013, les actions, dividendes réinvestis, constituaient la classe d’actifs la plus rentable.

« Nous voulons en faire un benchmark et fournir aux émetteurs un outil opérationnel »

L’étude Havas Paris-CSA de 2014 à laquelle nous avons participé est un autre exemple. Elle a mis en évidence que les 25% d’actionnaires individuels se disant membres d’un club d’actionnaires – ou l’ayant été par le passé – sont plus informés, plus actifs et investissent davantage hors du seul CAC 40. Sur la base de ce constat, nous avons voulu prendre connaissance des dispositifs de communication actionnaires utilisés par les sociétés cotées pour en faire un benchmark et fournir aux émetteurs un outil opérationnel.

Quels sont les dispositifs de communications les plus adaptés ?

Notre objectif n’est pas d’établir un guide de communication et de fixer une liste d’outils obligatoires. La communication actionnaires est un dispositif volontaire En revanche, il semble important que chaque société s’interroge sur sa stratégie actionnariale retail. Et si elle souhaite cibler les actionnaires individuels, qu’elle s’interroge précisément sur ses objectifs.

Les dispositifs utilisés sont nombreux : site internet, lettre aux actionnaires, guide de l’actionnaire, formation financière, dividende majoré, publicité financière, réunion d’actionnaires,… Parmi eux, nous relevons certains outils pérennes, comme le club d’actionnaires ou le comité consultatif. Une fois ce cadre mis en place, il est nécessaire de l’alimenter. Ce qui nécessite d’avoir une réflexion de long terme sur la stratégie actionnariale souhaitée sur le long terme.

« Le tout numérique n’est sans doute pas la solution la plus efficace »

La transition numérique, avec la dématérialisation, les nouvelles habitudes d’utilisation de l’information financière, et les réseaux sociaux – encore très peu utilisés auprès des actionnaires individuels – peut permettre à chaque entreprise de mettre en place les outils adaptés à sa stratégie propre. Le numérique permet de toucher plus de monde en dépensant moins d’argent. Par exemple une visite de site virtuelle, ouverte à tous, peut toucher davantage d’actionnaires qu’une visite de site in situ. Mais les sociétés cotées insistent également sur leur besoin d’un contact direct avec leurs actionnaires. Le tout numérique n’est sans doute pas la solution la plus efficace.

Pourquoi peu de sociétés cherchent à conquérir de nouveaux actionnaires ?

La plupart des entreprises cherchent d’abord à fidéliser leurs actionnaires, qui vieillissent et diminuent en nombre. Mais peu ont une logique de conquête. Celles qui se placent dans cette logique de captation de nouveaux actionnaires s’interrogent sur l’opportunité de faire des publicités promotionnelles de leur titre et de définir leurs atouts différenciant qui facilitent la compréhension de la société.

« Toutes les sociétés n’ont pas besoin d’avoir des actionnaires individuels, toutes pourraient se poser la question de leur stratégie en la matière »

Avant tout, l’émetteur a besoin de connaître ses actionnaires actuels. Réaliser un TPI (titre au porteur identifiable) peut toutefois s’avérer onéreux. Il s’agit d’un coût d’opportunité et donc d’une vraie décision stratégique pour l’entreprise, qui peut par exemple préférer se concentrer sur les actionnaires institutionnels plus que sur les particuliers. D’autres préfèrent mettre l’accent sur l’actionnariat individuel, plus stable, plus fidèle, et qui donne généralement son pouvoir en blanc au président en assemblée générale. Toutes les sociétés n’ont pas besoin d’avoir des actionnaires individuels, en revanche toutes pourraient se poser la question de leur stratégie en la matière.

L’AMF ne recommande pas particulièrement de dispositifs. De nombreux émetteurs estiment que le dividende majoré constitue le meilleur outil de fidélisation, mais ne l’utilise pas nécessairement. Cela dépend de leur stratégie.

Quelles recommandations formelles fait l’AMF ?

Certaines sociétés se mettent en logique de conquérir de nouveaux actionnaires et vont donc promouvoir leur titre. Dans ce cadre, l’AMF a voulu calquer le dispositif utilisé pour les publicités réalisées lors d’opérations financières (IPO, augmentation de capital…) en recommandant aux émetteurs de renvoyer aux facteurs de risque inscrits dans le document de référence.

Alors que près de la moitié du CAC 40 et la quasi-totalité du CAC PME ne précise pas les frais de courtage sur les titres détenus en nominatif pur, le régulateur est allé plus loin que la recommandation en prenant une position. Au nom de la transparence et d’une information complète et équilibrée, toute société cotée doit mentionner les frais liés à la détention au nominatif pur (droits de garde, frais de gestion, frais de courtage).

Retrouvez ici le rapport complet de l’AMF

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